Révéler le féminin au Musée Cognacq-Jay
À propos de l'exposition
L'exposition « Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIᵉ siècle » se déploie au musée Cognacq-Jay, en collaboration avec le Palais Galliera. Du 25 mars au 20 septembre 2026, portraits, scènes galantes et pièces textiles composent un parcours en six salles où la mode devient le miroir des identités féminines au siècle des Lumières. Des satins brodés de la cour de Louis XV aux mousselines annonciatrices du style Empire, l'exposition retrace les métamorphoses d'un style français qui séduisit l'Europe entière. Robes à la française, pastels monumentaux et haute couture contemporaine dialoguent dans l'écrin de l'hôtel Donon, au cœur du Marais.
Parcours de l'exposition
- Satins, portraits et prestige : la mode comme langage — quand le vêtement peint rivalisait avec le vêtement réel. Les premières salles confrontent peintures et costumes d'époque. Robes à la française portées sur paniers, pièces d'estomac brodées, mantelets de dentelle : chaque vêtement exposé trouve son écho dans les toiles accrochées en regard. Un portrait attribué à Nattier idéalise les traits de Madame Adélaïde, fille de Louis XV, tout en rendant avec précision le tombé d'un satin bleu. La rivalité entre noblesse et bourgeoisie montante attise cet art du paraître, où le choix d'une étoffe ou d'un bijou affiche le rang autant qu'il construit une image de soi. Antoine Vestier détaille la finesse d'un motif floral sur un taffetas. Adélaïde Labille-Guiard tire de son univers marchand un goût sûr pour le costume. Élisabeth Vigée Le Brun a aiguisé son attention au détail ornemental. Velours, fourrures, broderies d'or : chaque parure signale un statut et compose un portrait de soi.
- Mousselines blanches et bonheurs enfantins : l'intimité en lumière — quand les dessous prennent le dessus. À partir des années 1770, le registre du portrait bascule. Les philosophes célèbrent la félicité conjugale ; Jean-Jacques Rousseau publie Émile ou De l'éducation dès 1762, accordant à l'enfant une psychologie digne d'attention. Une nouvelle veine de portraits accompagne ces idées : les femmes y apparaissent avec une beauté qui se veut plus simple, les enfants y sont joueurs et espiègles. Le vêtement traduit cette mutation. Cotonnades et mousselines blanches, issues du linge de corps et de l'univers intime, envahissent les portraits. Les dessous prennent le dessus. Peintures françaises et anglaises se répondent tout au long du parcours. Les premières, nourries de l'idéal rousseauiste, privilégient le naturel et l'émotion familiale. Les secondes cultivent une élégance raffinée et décontractée. À l'aube du XIXᵉ siècle, ces deux traditions s'influencent mutuellement et annoncent l'abandon progressif des paniers et des corps à baleines au profit de robes fluides à ceinture haute – prémices du futur style Empire.
- La robe à la française, apogée du style vestimentaire : soie brochée, paniers et plis plats — anatomie d'une silhouette d'apparat. Pièce maîtresse du vestiaire féminin au siècle des Lumières, la robe à la française incarne à elle seule l'alliance du luxe textile et de la silhouette sculptée. Son architecture – plis plats dans le dos, paniers latéraux, corps à baleines – dessine une allure reconnaissable entre toutes, que les peintres de cour restituent avec une précision rivalisant avec le tissu réel. La robe à la française en soie brochée exposée ici, datée des années 1770–1775, illustre l'apogée de ce style sous le règne de Louis XVI. Caractérisée par ses plis plats se prolongeant en traîne, elle se porte sur un corps à baleines et un panier qui élargit les hanches. Issue des collections du Palais Galliera, cette pièce textile incarne le dialogue entre costume réel et costume peint qui structure le parcours.
- Fêtes galantes, pastorales et échos contemporains : de Watteau à Lancret — quand l'aristocratie jouait à la bergère. Antoine Watteau invente au début du XVIIIᵉ siècle un genre pictural inédit : la fête galante. Aristocrates et bourgeois s'y retrouvent dans des décors de plein air, jouant à être bergères, danseuses ou pèlerines. Watteau mêle mythologie et figures contemporaines ; ses successeurs – Lancret, Ollivier, Watteau de Lille – prolongent cet art de la mise en scène amoureuse. François Boucher ouvre ensuite la voie aux pastorales, où bergers et bergères vêtus de soie et de velours évoluent dans une nature idéalisée. Ce goût pastoral puise dans une longue tradition littéraire héritée de la poésie bucolique antique et de la Renaissance, mais aussi dans la peinture nordique attentive à la vie paysanne. Au-delà de la peinture, ces codes imprègnent la vie sociale du XVIIIᵉ siècle : les nobles s'emparent du vocabulaire de la Commedia dell'arte et des pastorales dans leurs bals costumés et parties de campagne. Travestissements et déguisements occupent une place centrale dans cette culture mondaine.
- La dernière salle prolonge les jeux de rôle du XVIIIᵉ siècle jusqu'à l'époque contemporaine. Cindy Sherman réinterprète les arts décoratifs rocaille, tandis qu'une robe longue brodée de sequins vert d'eau – dernière collection supervisée par Karl Lagerfeld – déploie des fleurs multicolores peintes à la main et vernies. Un jeu de miroirs ponctue les salles et souligne les silhouettes, tandis que chaque espace adopte une couleur spécifique accordée à son propos. Trois siècles de codes vestimentaires condensés en une seule silhouette : la chute la plus saisissante du parcours. Des photographies de Steven Meisel, Esther Ségal et Valérie Belin complètent ce contrepoint, suggérant la persistance des codes du XVIIIᵉ siècle dans la mode actuelle. Une visite qui se prolonge naturellement dans les collections permanentes de l'hôtel Donon, où le visiteur retrouve l'univers raffiné des Lumières.
Commissariat
Le parcours a été conçu par Pascale Gorguet Ballesteros (Palais Galliera), Adeline Collange-Perugi (musée d'arts de Nantes) et Saskia Ooms (musée Cognacq-Jay), en écho à « La mode du 18ᵉ siècle. Un héritage fantasmé » que signe la même commissaire au Palais Galliera.
Œuvres remarquables
- Maurice Quentin de La Tour, Portrait de Madame la présidente de Rieux, en habit de bal, tenant un masque, 1742, pastel sur papier collé sur toile (musée Cognacq-Jay)
- Nicolas-Bernard Lépicié, Émilie Vernet, 1769, huile sur toile (Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris) — ce petit portrait représente Émilie Vernet à l'âge de neuf ans, en buste, le visage orienté aux trois quarts vers la gauche. La fillette porte une robe de satin blanc et un collier de perles, tandis qu'elle lève la main droite vers son visage dans un geste espiègle. Fille du peintre de marines Joseph Vernet, Émilie fait partie d'une série de trois portraits d'enfants Vernet que Lépicié réalise entre 1769 et 1771, les deux familles logeant toutes deux au Louvre. La tendresse malicieuse du visage d'Émilie témoigne d'un renouveau du regard porté sur l'enfance, bien que, parée comme une adulte, son attitude conserve l'ambiguïté d'une « petite femme ». Cette tension entre parure adulte et naturel enfantin illustre la transition que l'exposition met en lumière dans la salle 4, où l'influence des idées rousseauistes commence à transformer la représentation de l'enfance dans le portrait français.
- Anonyme, Robe à la Française et jupe, 1770–1775, textile (soie brochée) (Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris)
- Nicolas Lancret, Arrivée d'une dame dans une voiture tirée par des chiens, première moitié du XVIIIᵉ siècle, huile sur toile (musée d'arts de Nantes) — successeur direct de Watteau dans le genre de la fête galante, Lancret met en scène ici une arrivée théâtrale : une dame élégante se déplace dans un petit véhicule tiré par des chiens, entourée de personnages en plein air. Lancret, agréé à l'Académie royale en 1718 puis reçu en 1719 avec une fête galante, a consacré sa carrière à dépeindre les divertissements raffinés de la société de la Régence. Cette œuvre illustre le goût du XVIIIᵉ siècle pour les scènes où la frontière entre réalité sociale et spectacle s'estompe – thème central de la salle 5 de l'exposition.
- CHANEL (Karl Lagerfeld, directeur artistique), Robe longue entièrement brodée de sequins vert d'eau, 2019, collection Haute Couture Printemps-Été 2019 (Patrimoine de CHANEL, Paris)
Informations pratiques
- Dates : du 25 mars au 20 septembre 2026
- Horaires : du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Fermé le lundi.
- Lieu : musée Cognacq-Jay, hôtel Donon, au cœur du Marais
- Tarifs : 11 € (adulte) en ligne sur Tiqets. Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes en situation de handicap et les demandeurs d'emploi. Tarif réduit sur place pour les 18–26 ans et étudiants.
- Réservation : vivement conseillée en ligne (seule la réservation à l'avance garantit l'entrée). L'achat sur place reste possible dans la limite des places disponibles.
- Durée de visite : environ 1h à 1h30 pour parcourir les six salles.
- Billets couplés : les billets des expositions « Révéler le féminin » et « La mode du 18ᵉ siècle. Un héritage fantasmé » au Palais Galliera ouvrent droit à un tarif réduit réciproque.
Le mot de la rédaction
Le musée Cognacq-Jay réussit un pari délicat : faire dialoguer peintures, costumes et photographies sans jamais forcer la démonstration. Le parcours, sobre et coloré, laisse les œuvres se répondre avec une évidence qui rend le propos limpide. On retiendra surtout le face-à-face entre robes à la française et portraits de Nattier ou Labille-Guiard, où le vêtement peint rivalise de précision avec le vêtement réel. Une exposition aussi élégante que son sujet.