Y a-t-il (encore) une majorité progressiste émergente aux États-Unis ?
Contexte politique et victoire d'Obama en 2008
Lors de la campagne présidentielle de 2008, Barack Obama a milité pour un programme progressiste ambitieux, incluant une assurance maladie universelle, une transition vers une économie faible en émissions carbone, et des investissements historiques dans l'éducation. Il a également promis une approche plus coopérative en matière de relations internationales. Obama a remporté 53 % du vote populaire contre 46 % pour John McCain, avec une marge encore plus significative au collège électoral (365 contre 173). Cette victoire reflète un changement démographique et géographique majeur aux États-Unis.
Évolution démographique et soutien progressiste
Entre 1988 et 2008, la composition de l'électorat américain a profondément évolué :
- La part des minorités parmi les électeurs a augmenté de 11 points.
- La part des électeurs blancs diplômés de l'université, plus progressistes, a crû de 4 points.
- La part de la classe ouvrière blanche, traditionnellement conservatrice, a reculé de 15 points.
Ces tendances se sont reproduites dans plusieurs États. Par exemple, en Pennsylvanie, la classe ouvrière blanche a décliné de 25 points, tandis que les diplômés blancs et les minorités ont progressé. Des projections indiquent que les États-Unis deviendront une population majoritairement composée de minorités d'ici 2042, avec une croissance marquée des communautés hispaniques et asiatiques.
D'autres groupes démographiques renforcent également le camp progressiste :
- La génération des Millennials (nés entre 1978 et 2000), qui a voté à 66 % pour Obama, représente un électorat en croissance.
- Les professionnels, les femmes célibataires et les diplômées de l'université soutiennent davantage les progressistes.
- La diversité religieuse, notamment la hausse des non-affiliés, favorise également les progressistes.
D'ici 2040, les chrétiens blancs ne représenteront plus que 35 % de la population, réduisant l'influence des conservateurs chrétiens blancs.
Changements géographiques et gains progressistes
Les progressistes ont enregistré des gains significatifs dans les zones métropolitaines en croissance, notamment dans les banlieues et les "exurbia". Par exemple :
- Dans le Colorado, Obama a amélioré sa marge de 14 points à Denver par rapport à 2004.
- Au Nevada, il a remporté Las Vegas avec 19 points d'avance, soit 14 points de mieux qu'en 2004.
- En Floride, il a gagné Orlando avec 9 points d'avance, soit 17 points de mieux qu'en 2004.
- En Virginie, il a dominé les banlieues de Washington, DC, avec 19 points d'avance.
Ces dynamiques montrent que les progressistes gagnent du terrain là où l'Amérique croît le plus rapidement.
Réalisations de l'agenda progressiste sous Obama
Depuis son élection, Barack Obama a accompli des avancées majeures sur plusieurs fronts :
- Plan de relance économique : Un investissement de 787 milliards de dollars dans l'éducation et les énergies propres, combiné à des mesures pour stabiliser le système bancaire, a permis d'éviter un effondrement économique.
- Réforme de la santé : La loi sur la protection des patients et les soins abordables (Obamacare) a étendu la couverture à plus de 30 millions d'Américains non assurés et interdit les refus de couverture pour des conditions préexistantes.
- Changement climatique : Investissements dans les énergies propres et proposition d'une loi sur une bourse carbone, ainsi qu'un accord préliminaire à Copenhague pour réduire les émissions de CO2.
- Relations internationales : Remplacement de l'unilatéralisme de l'administration Bush par une approche multilatérale et coopérative.
- Régulation financière : Proposition d'une loi pour renforcer la régulation des marchés financiers et protéger les consommateurs, visant à éviter une nouvelle crise.
Défis et déclin de popularité
Malgré ces réalisations, la popularité d'Obama a décliné, passant de 67 % en janvier 2009 à environ 50 % en 2010. Ce déclin est principalement attribué à :
- La persistance d'un taux de chômage élevé (passé de 6,8 % en novembre 2008 à 10 % en 2009).
- L'hostilité de la classe ouvrière blanche envers les dépenses fédérales et les interventions gouvernementales, exacerbée par les critiques des républicains et du mouvement "Tea Party".
Cependant, cette opposition ne se traduit pas par un soutien accru aux idées conservatrices. Par exemple, l'opposition à la réforme de la santé est souvent motivée par le sentiment qu'elle ne va pas assez loin.